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Boxe professionnelle

Monzon, 22 ans déjà...

Boxe professionnelle
Le 09 Janvier 2017

 

Il y a 22 ans hier, Carlos Monzon mourait dans un accident de trafic alors qu'il profitait d’un régime de semi-liberté. Condamné à onze ans de prison pour homicide sur sa seconde épouse, Alicia Muniz,  l'Argentin rentrait au pénitencier de Las Flores, alors qu’il était tout proche de bénéficier d’une libération conditionnelle. Voici son histoire.

 

Commencement de l’histoire

 

Il y a 44 ans, l’Argentin Carlos Monzon devenait champion du monde et commençait à écrire sa légende, en même temps qu’une large histoire dans le paysage pugilistique mondial. L’Argentin Carlos « El Macho » Monzon, décédé le 8 janvier 1995, s’était proclamé monarque planétaire des poids moyens il y a quarante ans, après quoi il s’était projeté dans le piédestal de l’histoire du noble art de son pays comme le meilleur de tous les temps.

 

 

Le 7 novembre 1970 au Palais des Sports de Rome (Italie), Carlos Monzon avait terrassé l’Italien Nino Benvenuti par arrêt de l’arbitre dans de douzième round d’un combat prévu en quinze, primé « combat de l’Année » par Ring Magazine, pour les ceintures des poids moyens de la WBA et du WBC. En Argentine, il est considéré comme faisant parti du groupe des sportifs les plus remarquables à côté des footballeurs Diego Maradona et Lionel Messi, du pilote Juan Manuel Fangio, du joueur de tennis Guillermo Vilas et du basketteur Emanuel « Manu » Ginobili. Les critiques les plus prestigieux de la boxe l’ont décrit comme un démolisseur très puissant, titulaire d’un courage et d’une froideur peu commune dans cette discipline virile.

 

Histoire d'un mythe

 

Le légendaire boxeur argentin Carlos "El Macho" Monzon, l’un des meilleurs poids moyens de l’histoire de la boxe et plus généralement l’un des plus grands pugilistes de tous les temps, est mort le dimanche 8 janvier 1995, tout près de "l’Estancia Los Chinos", au lieu-dit "Los Cerrillos", à quelques cent cinquante kilomètres de San Javier, là où il est né, dans la province de Santa Fe qui est située au centre-est de l'Argentine. La tragédie se produit sur la route provinciale N°1 Teofilo Madrejon, à dix kilomètres au nord d’une bourgade dénommée Santa Rosa de Calchines, et à trente-huit de Santa Fe de la Vera Cruz, la capitale de la province éponyme, qui l’a adopté malgré ses frasques et qui continue de s’enorgueillir de ses mémorables triomphes… Et à le pleurer !

 

 

L’ancien boxeur conduit une Renault 19 de couleur grise, immatriculé B-2705773, dans la province de Buenos Aires, à haute vitesse, sur une ligne droite bien dégagée. Pour une raison inconnue il perd le contrôle du véhicule qui, après avoir mordu le bas-côté de la routa, est violemment éjectée de la chaussée et part en tonneaux. Pendant son envol, d’une vingtaine de mètre, elle passe au dessus d’un ravin de deux mètres de large rempli d’eau, retombe méchamment sur de la terre et ravage un petit arbre, avant de terminer son embardée quelques mètres plus en avant. Monzon, qui avait miraculeusement réchappé à deux sérieux accidents, un en septembre 1975 et le 20 décembre précédent, est tué sur le coup. L’unique témoin de la scène qui suit l’automobile de Monzon, Mario Luis Allignani, un vétérinaire qui revient de San Joaquin au volant de son Mitsubishi Montero, avec sa femme et ses cinq enfants, observe le dénouement fatal avec effroi !

 

 

La Renault 19, qui n’est plus qu’un gros tas de ferraille, présente les terribles stigmates de l’accident sur sa partie arrière droite. Les deux pare-brises ont explosé sous le choc et le tout ressemble à une masse de fer et de plaques alambiquées. Au moment du tragique accident, Carlos Monzon, mort sur le coup, ne porte qu’un pantalon court (personne ne retrouvera la bretling que lui a offert Jean-Claude Bouttier). Il est accompagné de son ami d’enfance, Jeronimo Mottura, retraité du Ministère de l’Agriculture et des Élevages de la province, établit à Ayacucho et boss du bar "Los 40", sur l’avenue Blas Parera, au nord de Santa Fe, qui perd aussi la vie dans le sinistre. Se trouve également Alicia Guadalupe Fessia, la belle-sœur du Macho, domiciliée à Berutti, dans le quartier d’Estanislao Lopez, est sérieusement blessée, mais sauve. À ce moment-là, Alicia Guadalupe se penche alors vers Mario Luis Allignani et lui dit : "S’il vous plaît, aidez-le, sauvez Carlitos Monzon..." Abelardo Soratti, la deuxième personne arrivée sur le lieu du drame, conduit urgemment Fessia dans un centre de soins tout proche, mais les médecins décident de l’évacuer immédiatement sur l’hôpital José María Cullen de Santa Fe.

 

De la pauvreté à l’opulence

 

Né le samedi 7 août 1942, dans le miséreux quartier baptisé "La Flecha", à San Javier, une bourgade de l’Argentine profonde, Carlos Monzon est le huitième des treize enfants de Roque Monzon et d’Amalia Ledesma, tout deux originaires de la Colonie Mascias. Après trois semaines de vie, le rejeton est baptisé le 28 août 1942, par le père Belicio Lorenzon, dans la chapelle de San Javier. Sa marraine se nomme Antonia Maciel, son parrain Catalino Bazan. Quant aux prénoms de ses autres frères et sœurs, les voici : Zacarias, Nicéforo, Rosa, Rosendo Albino, Inocencio, Marta Elsa, Alcides René, Elba Yolanda, Delia Beatriz, Edgardo Reyes, Reynaldo Oscar… Et Victor Hugo !

 

 

À six ans, celui qui deviendra le plus grand boxeur argentin migre vers "Barranquitas Oeste", un quartier de Santa Fe, une cité édifiée sur les berges du "Rio Salado". La famille, qui quitte San Javier dans une petite charriote tirée par quatorze chevaux, tarde une semaine pour arriver dans la zone. Le coin est humide et affreusement endommagée par les inondations chaque fois que déborde la rivière qui prend sa source dans le centre-nord de l’Argentine, où les eaux emportent sur leur passage le peu qu’elles ont. Une fois arrivé à la "Vuelta del Pirata", le propriétaire du "Ranch du Chiquito", Agustin C. Uleriche, offre aide, assistance, nourriture et le gîte aux Monzon. Un geste que n’oubliera jamais le futur monarque des moyens.

 

 

Au terme de cette marche, les seize personnes débarquent dans leurs nouveaux quartiers et s’entassent dans une modeste maisonnette, qui tient plus de la baraque à chantier baraque que de la maison traditionnelle. Carlos appartient à une famille modeste. Alors, pour grossir l’économie des siens, il exerce mille métiers. Tour à tour vendeur de lait et de sodas, cireur de bottes ou crieur de journaux, il gagne aussi quelques pesos comme laveur de rues. Dès sa plus tendre enfance, il ne rêve que d’une chose : Se sortir de la pauvreté afin d’offrir à sa famille une vie meilleure. Pour pouvoir survivre et aider les siens à avoir le minimum pour survivre, Carlos Monzon abandonne ses études au troisième grade des études primaires, après avoir passé sa dernière année à l’école Nº 567 République Orientale de l’Uruguay, de Fray Cayetano Rodriguez et Peñaloza. À seize ans, il épouse en première noce Zulema Encarnacion Torres et assume ainsi sa nouvelle paternité comme un vrai gentleman. Peu de temps avant, en effet, est né le plus âgé de ses descendants, Carlos Alberto Monzon. Après seulement quatre années, le mariage est consommé. Le 11 mai 1962, Carlos "El Macho" Monzon se mari avec Mercedes Beatriz Garcia, qu’il appelait affectueusement "Pelusa". Le couple est si pauvre et si relégué socialement, qu’il n’a pas le moindre sou pour acheter le livret de famille. Le ménage a trois enfants : Silvia Beatriz, Abel Ricardo et Carlos Raul. À la fin de l’année 1979, Carlos fait la connaissance Costanera de la Ciudad Autonoma de Buenos Aires, du modèle uruguayen Alba Alicia Muñiz Calatayud. Ils s’unissent devant dieu et monsieur le maire. De leur union naîtra le dernier fils du champion, Maximiliano Roque Monzon.

 

Ses débuts dans la boxe

 

Carlos Monzon commence à boxer au Club Cochabamba, à Barranquitas Ouest, sous la férule des coachs Marcelino "Mono" Martinez et Roberto Agrafogo. Plus tard il passe par le Minella Boxing Club, dirigé par Ricardo Minella lui même, où il ne reste que très peu de temps. Il préfère bosser sous les ordres du señor Amilcar Oreste Brusa, au Club Union. La carrière du « Macho » dans les rangs amateurs démarre le vendredi 2 octobre 1959, au « Pabellon Deportivo », où a lieu tous les ans, au mois de septembre, l’exposition de l’Industrie de la Société Rurale de Santa Fe. À 17 ans un mois et vingt-cinq jours, Carlos Monzon partage les points du match nul avec Raul Cardozo, après trois rounds. Jusqu’au 2 octobre 1962, il dispute quatre-vingt sept rencontres et quitte ensuite cette classe avec le palmarès suivant : 73 victoires, 6 nuls et 8 défaites (trois devant Rodolfo Ceccarossi, Raul Perez, Salvio de Meo, René Lamboglio, Ismaël Hamze et Orlando Marino).

 

Mozon chez les pros

 

Arrive ensuite l’étape la plus médiatique de la vie du grandissime champion argentin : Sa carrière professionnelle. Chez les rémunérés, Carlos Monzon dispute 100 combats tout rond, dont 15 championnats du monde. Il enregistre 87 victoires, dont 59 avant la limite, 9 nuls, 3 défaites et un no-contest. "El Macho" est un descendant des "mocovies", une tribu indigène qui a certainement fourni à son sang la bravoure et la détermination qui forgeront sa réputation. Les débuts pros de Monzon ont lieu le 6 février 1963, au Club Sportivo Ben Hur de Rafaela, dans la province de Santa Fe. Agé de 20 ans, cinq mois et trente jours, il met knock-out dans le deuxième round Ramon Montenegro. Après un no-contest, il poursuit sur sa lancée, jusqu’au 28 août 1963. Ce soir-là, au Luna Pack, à Buenos Aires, le pugiliste de Santa Fe s’incline pour la première fois, aux points en dix rounds, devant Antonio Oscar Aguilar. Par la suite, Monzon perd à deux autres reprises, toujours sur décision, devant Felipe Cambeiro et Alberto Massi, en juin et octobre 1964. Mais après ces deux revers, Carlos ne connaît plus jamais la défaite. Le 29 décembre 1965 le pugiliste de la Pampa s’adjuge le ceinturon Eduardo Lausse en battant aux points Carlos Salinas. Après s’être proclamé champion de la province, le 1er février 1966, il étrenne avec succès sa couronne en dominant par décision unanime le boxeur de Rosario Ramon Dionisio Rocha, trois jours après, dans la salle de basket-ball (qui a aujourd’hui disparue) du Club Union. Le 3 septembre 1966, Carlos Monzon détrône de son titre de champion d’Argentine des moyens Jorge José "Gallego" Fernandez, aux points. Le 10 juin 1967, il arrache la ceinture sud-américaine devant le même adversaire, également surnommé le "Torito de Pompeya". Entre ces deux duels, le Sud-Américain partage les points avec le redoutable philadelphien Bennie Briscoe. Le promoteur Juan Carlos Lectoure commence ensuite à promouvoir son merveilleux champion dans le giron international.

 

 

Élu en 1983 plus grand boxeur latino de l’histoire, Carlos Monzon est inconnu du grand public quand il détrône de son titre unifié des poids moyens WBC-WBA l’Italien Giovanni « Nino » Benvenuti, par arrêt de l’arbitre dans la douzième reprise d’un championnat du monde prévu en quinze, à Rome. Ce match est élu « Combat de l’Année » par la bible du noble art, Ring Magazine, en 1970. L’Argentin défend victorieusement ses ceintures à neuf reprises, dont sept fois avant la limite. Seuls Bennie Briscoe, le 11 novembre 1972, puis Émile Griffith et Jean-Claude Bouttier, lors de leur deuxième confrontation en 1973, tiennent la limite des quinze reprises. Déchu en 1974 par le World Boxing Council pour avoir remplacé son urine par du champagne après sa victoire en sept rounds contre José Napoles lors d’un gala organisé le 9 février 1974 à Puteaux (Hauts-de-Seine), par Alain Delon, El Macho conserve son sceptre noir et or en trois occasions puis bat deux fois aux points le nouveau titulaire du ceinturon vert et or, Rodrigo Valdez, désigné comme son successeur. A la suite de sa deuxième victoire devant le Colombien, le 30 juillet 1977 au Stade Louis II, à Monte-Carlo, Carlos Monzon raccroche les gants… Définitivement !

 

Champion du Monde

 

Un klaxon trois-tons dans les embouteillages romains, cela se remarque à peine. Le carabinier, au centre carrefour, à juste tourné la tête d’un ai blasé. Puis son regard s’est allumé sous la visière de sa casquette. Cette Lamborghini rouge qui déboîte en triple file, il la connaît. Et le visage de play-boy du conducteur, derrière ses ray-ban, lui est familier. Giovanni Benvenuti, Nino pour toute la péninsule, était la veille sur le plateau de Rai Uno, la première chaîne de télévision transalpine. L’agent n’est pas féru de noble art, il préfère le football. Mais Benvenuti est pressé. D’un coup de sifflet, le flic bloque la circulation et lui fait signe d’avancer. Nino, fierté de son pays, est en retard pour la pesée de son onzième championnat du monde. Devant le Palazzo delle Sport, il stoppe son bolide sur un passage réservé aux piétons, en gicle en coup de vent sans même prendre soin de d’éteindre le contact. Pas grave : des mômes, les yeux pétillants, accourent. « Signore, on vous garde la voiture… » Nino monte les marches du Palazzo quatre à quatre, pousse la porte du hall et se fraye un chemin au milieu de la foule. « Ciao Nino, Ciao !... Forza Benvenuti ! Forza Italia ! » Le monarque sourit. Ce jeune homme éduqué est d’une gentillesse désarmante. Les médias transalpins l’ont prénommé « Le Fiancé de l’Italie ».

 

 

Son premier geste est de s’excuser auprès de Roberto Sabatini, ancien journaliste et promoteur de ce championnat du monde unifié des poids moyens WBC-WBA. Nino, Champion Olympique des poids welters à Rome, en 1960, détient (pour la deuxième fois) les ceintures mondiales depuis sa troisième victoire sur le pugiliste des Îles Vierges Émile Griffith, le 4 mars 1968 à New York (États-Unis), à l’occasion du gala qui inaugure le nouveau Madison Square Garden. Le sommet de la carrière de Benvenuti. Sabatini ne tient par rigueur à Nino de ce retard. Même si son rival, lui, est là depuis une heure, s’est affalé dans un fauteuil moelleux sans mot dire et a patienté, le regard hagard, immobile dans l’agitation qui règne autour. Voilà les deux gladiateurs réunis sur la scène, de chaque côté de l’engin de pesée. Les photographes « flashent » l’estrade à qui mieux-mieux. Giovanni Benvenuti est tout sourire. Pas « El Macho » Monzon, presque effrayé. L’Argentin cherche des yeux son homme de confiance, le géant Amilcar brusa, employé de la Cancha Union, une banque de Buenos Aires, qui devant le silence de son boxeur qui agace les journalistes, se propose : « Posez-moi les questions. Je pense comme Carlos et il pense comme moi ! » La conférence terminée, Sabatini disperse les capteurs d’images et les noircisseurs de pages blanches. Ces derniers rejoignent le buffet. Les conversations tournent depuis trois semaines, date du débarquement du pugiliste de Santa Fe dans l’ancienne capitale de l’Empire romain, autour d’un seul sujet : Combien de reprises ce mec au visage d’Indien, le regard noir et les cheveux bruns, va-t-il tenir ? Carlos Monzon, a des bras tentaculaires, il est grand (183 cm) pour un poids moyen, mais au-dessus de jambes grêles et longues, un torse plat, presque frêle, évoque une certaine fragilité. Ses séances d’entraînements publiques au gymnase Flaminio, la salle de Sabatini, ont été catastrophiques. Il Corriere dello Sport a titré : « Monzon, ma chi sei ? » Monzon, qui est-ce ?...

 

 

Pris dans leurs débats, les médias ont raté cette scène qui a failli mal tourner. En redescendant de l’estrade, Benvenuti, d’humeur badine, a adressé une tape amicale sur les fesses de son challengeur. Monzon s’est retourné aussi sec, l’a fusillé du regard et a bafouillé entre ses dents ses premières paroles de la journée : « Voy a matarte ! » Le champion n’a pas compris ses trois mots d’Espagnol à peine audibles. « Je vais te tuer ! » Pourtant il a pâli. Ce 7 novembre 1970, Rome se fiche du premier vol du Concorde, le nouveau supersonique construit par l’association de Sud-Aviation (devenue par la suite l’Aérospatiale après sa fusion avec Nord-Aviation et la SEREB) et de la British Aircraft Corporation (devenue British Aerospace). C’est la deuxième fois seulement que Nino met ses couronnes en jeu dans la capitale. Cinq mois plus tôt, il a préféré les billets verts d’Umag, une station balnéaire croate proche de Trieste, la ville où il vit. C’est aussi la première fois que Monzon boxe en dehors de l’Argentine. Champion d’Amérique du Sud depuis trois ans, « El Macho » a disputé vingt-cinq combats pros. Il ne compte que trois revers. En cette belle soirée romaine, le Palazzo Dello Sport fête son héros. Sabatini y a entassé 20 000 spectateurs, on se demande comment. Tout là-haut, aux places à 5 000 lires, on se passe les bouteilles de Valpolicella, on agite des drapeaux vert-blanc-rouge et des cloches à vache, on souffle des trompettes. Arrivé sur le quadrilatère au milieu d’un service d’ordre musclé, le prétendant ôte son peignoir, de la même couleur que sa tignasse de geai, dans une bronca indescriptible. Il n’est pas seulement la cible des lazzis. Des tomates et des peaux de bananes volent jusqu’à son coin. Vingt-mille aficionados romains entonnent l’hymne italien, tandis que celui de l’Argentine est copieusement hué. Monzon n’a pas bronché. Sur la culotte de boxeur noire, il arbore une étrange pub, D’Artagnan. Le nom d’un magazine pour enfants de Buenos Aires qui a payé son voyage. Le « Macho » est sûr de son fait. Sous la voûte de l’enceinte pleine à craquer, il est bien le seul. Dans les cinq premiers rounds, il subit, comme prévu devant un rival, élégant, sobre, efficace… Comme l’Italie aime « son » Nino. Et soudain, à partir de l’épisode suivant, ils ne sont qu’une poignée à hurler !

 

 

Le champion unifié WBC-WBA n’arrive plus à toucher, car son adversaire recule devant sa pression. En revanche, le challengeur le touche de plus en plus souvent avec son direct du gauche. Benvenuti rentre désemparé dans son coin et jette un regard éperdu vers Amaduzzi, son second. Au fil des rounds, le tenant des sceptres mondiaux est incapable de résoudre l’énigme. Il découvre soudain la boxe étrange de Carlos, qui ne recule pas et s’appuie en permanence sur les cordes, au point d’avoir le dos mâché. Le challengeur aspire simplement son opposant pour mieux le contrer et le frapper lorsqu’il est déséquilibré, penché en avant vers cette cible mobile. Son bras gauche, qui vient percuter un corps qui s’empale sur le coup, n’en a que plus d’efficacité. À l’entame de la douzième reprise, Nino le beau a perdu de sa superbe. Ses pommettes sont sur le point d’exploser comme des fruits trop murs, ses flancs rougis, son œil gauche mi-clos. L’Italien s’est relevé sans conviction de son tabouret, dans le silence glacial qui s’est installé depuis quelques minutes. Carlos Monzon l’attend au centre du ring, l’invite à en découdre, le pique de cinq gauches consécutives et, enfin, lâche sa droite, qu’il a tenue en réserve. Dans un ultime reflexe, Nino Benvenuti esquive. Son retrait du buste n’est pas assez vif. Le poing de l’Argentin le cueille à la pointe du menton. Le champion s’écroule. À quatre pattes, le protège-dents à demi sorti de la bouche, n’entend pas le troisième homme, Rudolph Drust, égrainer les secondes. Nino ne voit pas non plus, de l’autre côté, cet énergumène ivre qui a déjà passé une jambe à l’intérieur du pré-cordé dans l’idée d’empêcher l’arbitre allemand de prononcer ce que l’Italie refuse d’entendre… « Out ! ». Giovanni Benvenuti est encore à genoux, hébété. Monzon se dirige vers Brusa et lui glisse : « Je l’aurais tué si l’arbitre n’avait pas stoppé le combat ». À vingt huit ans, soit quatre de moins que le Transalpin, L’Argentin Carlos « El Macho » Monzon est le nouveau champion unifié des poids moyens WBC-WBA. Il le restera jusqu’à sa retraite !

 

Le début de la fin…

 

Le drame qui sonne le début de la fin de l’Argentin survient à l’aube du 14 février 1988. Carlos Monzon et Alba Alicia Muñiz Calatayud ont assisté à l’anniversaire d’un dénommé Sergio Velasco Ferrero, à Mar del Plata. Le pugiliste rentre chez lui, tandis que l’ancienne danseuse de cabaret et top-modèle, conseillée par un ami, se décide à tenter un énième sauvetage de son couple. Elle frappe à la porte du chalet de Monzon, au 1567 rue Pedro Zanni, dans le quartier « La Florida », à proximité de l’aéroport local. Vers six heures du matin, se produit une violente dispute qui se termine en tragédie. Alicia est violemment frappée au corps… Avant d’être défenestrée du troisième étage. Les premiers secours retrouvent le corps de la femme apposé contre l’un des murs de l’immeuble, le crâne enfoncé ! Ce drame noircit les pages blanches de la presse argentine et mondiale, et en fait ses choux gras. Le procès qui a déclenché le plus de passion en Argentine débute le 26 juin 1989. Le 3 juillet suivant, soit sept jours plus tard, Carlos Monzon est condamné à onze ans de pénitencier. La demande en nullité de la défense du « Macho » est rejetée par la Chambre de Cassation de Buenos Aire et la Cour Suprême de Justice le la province éponyme et de la Nation. Après avoir accompli la moitié de sa peine, en août 1983, alors qu’il a désormais intégré l’Unité Pénitentiaire Nº 2, dans la zone de Las Flores de Santa Fe, Monzon bénéficie d’un régime de semi-liberté. Il a permission de sortir chaque week-end. C’est en rentrant au pénitencier de Las Flores, alors qu’il était tout proche de bénéficier d’une libération conditionnelle (prévue pour le mois de février), que l’ancien monarque de la World Boxing Association et du World Boxing Council, est passé de vie à trépas.

 

L’inhumation : Un recueillement populaire

 

 

L’adieu au monarque vire rapidement en une journée de recueillement populaire. Santa Fe s’est arrêtée de vivre pour accompagner son idole. La famille, les amis et des milliers d’anonymes transporte le cercueil depuis le vestibule central de la municipalité, jusqu’à la nécropole locale. En deuil, silencieuse et toujours stupéfaite, la foule accompagne son incomparable champion jusqu’au cimetière municipal, sa dernière demeure. Personne ne manque à l’appel. Le peuple de Santa Fe - jeunes et anciens, femmes et hommes - fait ses adieux à son idole, comme s’il s’agissait de son ultime combat… La cérémonie religieuse compte trois représentants de différents cultes ; le père franciscain Adriano Rincon, le pasteur évangéliste Hector Gimenez, et le révérend Claudio Freiso, de l’Unité des Assemblées de Dieu. On peut aussi observer une énorme banderole de la province de Santa Fe déployée à travers tout le couloir, à la manière d’un hommage populaire.

 

Tous ont parlé

 

Les anciens grands adversaires et amis de Carlos Monzon n’ont que des mots de reconnaissance en apprenant le décès du grand champion. Giovanni « Nino » Benvenutti a envoyé une couronne de fleurs depuis l’Italie : « La mort de mon ami le plus cher est terrible. C’est une partie de ma vie qui est partie avec lui. Il était l’un des plus grands champions de tous les temps », mentionne-t-elle. En prenant connaissance de l’info, Carlos Alberto Reutemann, le gouverneur de Santa Fe à l’époque, assure : « Je suis bouleversé par la mort de Carlos. Je suis choqué par cette tragédie qui endeuille le noble art et le sport argentin. Puis il admet que « quand j’étais en Europe je l’ai vu combattre trois ou quatre fois. Carlos a toujours démontré qu’il était un champion spectaculaire, un homme discipliné, responsable, qui s’est converti en idole. Quand Monzon boxait, l’Argentine se paralysait ». Ex-champion des poids super-légers WBA, le boxeur argentin Juan Martin Coggi souligne : « Carlos Monzon m’a marqué depuis ma plus tendre enfance. Il a guidé ma carrière pugilistique. Il était mon idole, jamais je ne l’oublierai ». Quant au journaliste Gustavo Llados, il écrit ceci : Le peuple de Santa Fe a pleuré car l’absence de figures publiques aux obsèques de Carlos Monzon est passée sous silence. Très peu de fois une communauté est sortie dans les rues pour dire adieu à une idole controversée et a placé ses mérites sportifs, au dessus des erreurs qui l’ont condamné ».

 

Témoignages

 

Le drame survient entre 17h30 et 18h00. Un premier télégramme annonçant la triste information est envoyé aux principaux médias argentins depuis la localité de Santa Rosa de Calchines, tandis que Jorge Riera, avisé par les témoins, est le premier cameraman à filmer la scène. Il a pris sa caméra et s’est rendu sur les lieux de l’accident sans perdre de temps, par ses propres moyens. Il arrive sur place alors qu’Alicia Fessia, qui se trouvait à bord du véhicule, a déjà été transportée à l’hôpital. Riera, 34 ans, contacte Oscar Frutero, un journaliste de Santa Fe, qui confirme la mort de Carlos Monzon. Son reportage génère alors une interminable chaîne de répercutions nationales… Et internationales.

 

Inoubliable

 

Encore aujourd’hui sonnent les cantiques imprégnés de larmes qui résonnent le jour de l’inhumation : « Monzon ne part pas… Monzon ne part pas » ; « Il sent, il sent, Monzon est présent » ; « Nègre, adoré, le peuple est avec toi » et le classique « Allez champion, allez » sont quelques uns des chants des centaines de milliers de personnes qui encouragent le passage du cortège funèbre, depuis le centre le la cité jusqu’au cimetière.

 

 

Par Olivier Monserrat-Robert

 

 

 

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