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Milieu carcéral

Entre les murs, entre les cordes

Milieu Carcéral
Le 19 Décembre 2016

 

Une nouvelle fois cette semaine, il s'est retrouvé derrière les hauts murs de Domenjod. Il connaissait le chemin. Éric Dagard est un récidiviste. Pour la bonne cause.
 
 
Une dizaine d’élèves-détenus avaient suivi les cours d’Éric Dagard lors de la dernière session organisée au centre de détention de la Rivière des Galets
 
La route du boxeur dionysien a croisé celle du milieu carcéral en 2010. Au Port, tout d'abord, au centre de détention de la Rivière-des-Galets, dans le cadre du programme "Défis Boxe" initié par la Fédération française de boxe anglaise.
 
"J'imagine qu'il y a parmi eux des détenus très violents, sans doute même des meurtriers. Mais je ne demande jamais. Ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas juge..."
 
Depuis, il intervient régulièrement en prison, au rythme de deux séances hebdomadaires. Ça lui a pris du temps. Tout autant pour gagner la confiance des détenus que celle du personnel pénitencier. Et c'était loin d'être gagné. Il se souvient : "Oui, certains gardiens appréhendaient clairement ces interventions. Leurs craintes étaient légitimes. Je devais prouver qu'enseigner la boxe, ce n'est pas donner des armes aux détenus pour qu'ils se battent en prison. C'est en fait tout l'inverse. L'idée, c'est de canaliser une éventuelle violence par le biais d'une activité sportive". Ses élèves ? "Un public très varié", dit-il, "j'imagine qu'il y a parmi eux des détenus très violents, sans doute même des meurtriers. Mais je ne demande jamais. Ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas juge".
 
"J'insiste beaucoup sur la discipline, sur l'hygiène de vie. Un mec qui n’est pas clean n’a pas sa place dans le cours..."
 
Cinq ans d'expérience. Et jamais un dérapage. "Le gars potentiellement malveillant, qui vient au cours de boxe pour de mauvaises raisons, je le détecte tout de suite et il est écarté. C'est arrivé deux fois. C'est très peu. Pendant mon cours, on se mélange. J'y tiens. Il n'est plus question de clans, de villes ou de quartiers comme cela peut l'être dans leur quotidien en prison".
 
Un gala au programme
 
De son expérience de coach très particulier, Éric Dagard ne tire que du positif. "Je dois jongler avec plusieurs casquettes. Professeur de boxe, mais aussi parfois psychologue ou médiateur… Mais je ne suis jamais leur ami, et jamais leur gardien. C'est tout un équilibre à trouver, raconte-t-il, "les gars souvent me connaissent de nom. Ils s'attendent à voir débarquer un type grand et fort. Bon… Je ne fais que 64 kilos, en fait. Donc pour m'imposer je dois miser sur d'autres registres. La psychologie est primordiale. Au fil des semaines, la confiance s'installe. Ils m'écoutent, ils découvrent ou redécouvrent le goût de l'effort. J'insiste beaucoup sur la discipline, sur l'hygiène de vie. Un mec qui n’est pas clean n’a pas sa place dans le cours". Il a aussi ses petites astuces. Il sourit : "Avant de mettre en place de petits combats en fin de séance, je m'assure qu'ils soient bien épuisés physiquement. S'ils sont trop frais, ça peut être plus compliqué". Une dizaine de détenus suivent actuellement les cours d'Éric Dagard à Domenjod.
 
 
Chaque cycle se termine par un gala, dans des conditions de compétition, entre prisonniers et boxeurs licenciés
 
La finalité ? Un gala qui sera organisé au cœur de la prison en février prochain. Il débarquera alors avec un ring mobile, qui sera installé au milieu de la salle polyvalente, et une poignée d'amis boxeurs confirmés qui feront office d'adversaires. "Ce sont toujours des moments très sympas. Les détenus attendent ça avec impatience. Ça récompense plusieurs semaines de travail acharné. Ils y mettent beaucoup de cœur". Et après ? "J'ai l'exemple de détenus qui ont continué la boxe à leur sortie de prison. Certains atteignent un niveau intéressant. On Se revoit, ils me remercient. S'ils sont devenus plus respectueux et plus sociables grâce à la boxe, j'ai réussi mon pari", dit l'ancien champion de France qui sait aussi rester tout à fait lucide. "Il y en aussi qui reviennent en prison. Et ça, ça ne m'étonne plus. Je sais très bien que je n'en ferai pas des anges".
 
L’heure de la retraite
 
Éric Dagard reste un compétiteur aguerri. Qui vient de remporter son 14ème titre de champion de La Réunion. Le dernier ? C'est probable. "J'ai 32 ans. Et en boxe, ça commence à faire vieux", sourit-il. L'heure est venue de donner la priorité à sa vie familiale et professionnelle. Il est coordinateur en charge du périscolaire pour la ville de Saint-Denis. Mais il n'oublie évidemment pas la boxe. En plus de ses interventions en prison, Dagard a monté son propre club, le "Dagard Boxing Club" installé dans le chef-lieu dans les murs de la salle Urban Sport. "La boxe fera toujours partie de ma vie. Mais disons que sportivement, j'ai fait le tour. La boxe réunionnaise mériterait une vraie politique sportive. Ce n'est pas le cas et c'est dur de trouver la motivation. Alors, il est temps de raccrocher".
 
 
Éric Dagard, lors de sa victoire aux Jeux des Iles en août 2015
 
Clap de fin, donc, sur une riche carrière de boxeur amateur marquée par un mémorable titre de champion de France en 2012 et deux médailles d'or aux Jeux des Iles, aux Seychelles en 2011 et à la maison en 2015. Un temps, Dagard a rêvé d'une carrière professionnelle. "Mais l'expérience fut de courte durée. C'était compliqué", reconnaît-il, "ça restera un petit regret. Mais tant pis… Je crois que je peux arrêter en étant fier de moi et de mon parcours".
 
Par Lukas Garcia
 
Source : Le Journal de l’Île

 

 

 

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