Boxe professionnelle

Insolite !

Dimanche 7 février 2010

Les gants de Daniel Zaragoza, adversaire malheureux de Thierry Jacob en 1992, n'ont jamais quitté Blériot-Plage.

Philippe Mené tient dans ses mains les gants que Daniel Zaragoza lui a donnés après son championnat du Monde, en 1992.

En mars 1992, le champion du Monde mexicain Daniel Zaragoza débarquait à Calais pour affronter Thierry Jacob. Durant plus de deux semaines, l'Aztèque prenait ses quartiers à Blériot-Plage, à l'hôtel-restaurant des Dunes. Le propriétaire des lieux, Philippe Mené, ne connaissait rien au monde de la boxe. Mais la rencontre avec Zaragoza, et les Jacob, va changer sa vision du noble art. Désormais, il en est fan. Et le week-end prochain, c'est lui qui accueillera le Nicaraguayen Michael Isaac Carrero, adversaire de Romain Jacob.

En quittant l'hôtel au lendemain de sa défaite, Daniel Zaragoza a laissé au patron les gants du combat. Qu'il a dédicacé. Depuis, les boules de cuir trônent dans l'établissement. D'abord dans le hall puis dans le bureau de Philippe Mené. « Je ne savais pas qu'ils étaient restés dans le Calaisis » note Thierry Jacob qui, de son côté, a déposé ses gants de champion du Monde dans une vitrine, à côté de la ceinture.

Dix-huit ans plus tard, l'hôtelier se rappelle « de la pression qui existait autour de l'événement. Le clan Jacob m'avait impressionné. Ils sont hyper soudés. Daniel Zaragoza était très gentil, simple, abordable. Il montrait sa ceinture aux enfants. Comme Thierry, il n'avait pas la grosse tête ». Et il avait peu d'exigences : « il lui fallait des repas spéciaux, à base de glucides, de sucres lents et il mangeait à des heures très régulières. C'est tout. Il avait une grande hygiène de vie et effectuait de belles siestes. La présence de son épouse était très importante pour lui ».

Mais Philippe Mené, en raison de ses obligations professionnelles, n'a pu être présent au Fort-Nieulay, parmi les six mille spectateurs. Alors, après un service « vite expédié », il faisait partie des millions de personnes qui ont regardé le combat à la télé : « J'ai été impressionné. Thierry était plus jeune, meilleur que Zaragoza et malgré l'intimité qui s'était développée entre nous, j'étais heureux que Jacob l'emporte ».

L'hôtelier a vu le Mexicain rentrer à l'hôtel, après le match. Il était avec son entraîneur et sa femme. « Il a immédiatement effectué une séance de massage, des soins. Puis il est descendu dîner. Sans régime cette fois. Il a mangé une entrecôte mais n'a pas bu d'alcool. C'était un moment difficile pour lui, il a tenté d'oublier sa défaite. Son visage n'était pas trop marqué », se rappelle-t-il. Le lendemain, à neuf heures, armé de lunettes noires, l'adversaire de Thierry avait quitté l'hôtel. En offrant donc ses gants « que j'ai immédiatement essayés. Même avec, on se fait mal ! » S'amuse-t-il.

Depuis ce passage, Philippe Mené est devenu un amateur de boxe. « Zaragoza m'a fait aimer ce sport. Je vois la boxe et les boxeurs d'une manière différente. Ce sont des personnes attachantes et courageuses. Car c'est un métier très dur », lance-t-il encore. Il regarde désormais des combats à la télé (« pas les poids lourds ») et fera tout pour aller soutenir Romain Jacob, vendredi prochain, à la salle André-Ségard de Blériot-Plage. Dans sa commune : « Carrero ne restera pas assez longtemps pour tisser des liens comme avec Zaragoza. Je suis ravi que ça se passe chez nous, on a la chance d'avoir un maire et une équipe d'élus dynamiques C'est dans la continuité de ce qui a été réalisé l'an dernier ».

Jeudi soir, à 18 heures, c'est lui qui organisera la traditionnelle pesée des boxeurs dans son hôtel. « Un moment privilégié », souligne-t-il en espérant que, comme en 1992, l'issue soit favorable au pugiliste local.

Par É. D.

Crédit : La Voix
du Nord